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Elsa Possagno

06.05.2016

Les photos en plus grande résolution sont ici également.

Elsa Possagno, était la maman de mon père. Elle vivait à Biadene, un petit village qui fait partie de Montebelluna, au nord de Treviso en Vénétie. Elle y a passé pratiquement toute sa vie. Toutes ces photographies ont été réalisées en 1982. Elles ont été prises avec un Leica M4P, un 35 mm  et un 50 mm, les deux des Summicrons. Aucune photo n’a été recadrée. C’est chaque fois le cadrage d’origine. Je les ai  numérisées pour les présenter ici.

Elsa Possagno

Ma grand-mère devant sa maison en train de nous saluer lorsque nous partons.

Les propriétaires de cette maison habitaient juste à-côté. Par fidélité et gentillesse, ma grand-maman a pu y vivre jusqu’à la fin de ses jours avec un modeste loyer mensuel de 20’000 lires. 20’000 lires … c’était très peu. En 1982, année où elle est décédée d’un accident, cette somme correspondant à environ 15 Euros (par mois!)

Elsa Possagno

Malgré son âge, 80 ans, elle aimait tout maintenir aussi beau que possible. Chaque meuble avait donc droit à un coup de peinture une fois l’an.

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Nonna ne parlait pas beaucoup mais elle avait un avis sur énormément de choses. Malgré une scolarité restreinte (1ère GM oblige), elle avait une très grande culture et une ouverture d’esprit qui m’étonnait toujours. Elle qui n’avait jamais quitté sa région du Veneto connaissait pourtant tout du monde politique, économique et social.

Elsa Possagno

La porte était toujours ouverte ou presque. Au propre comme au figuré. Sur la table quelle que fut l’heure, il y avait toujours une grande bouteille d’eau et une autre de vin. Les passants étaient les bienvenus.

 

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Il n’y avait que du bois pour faire à manger. Ses 8 enfants lui avaient souvent proposé de faire installer quelque chose de plus moderne, mais elle était écologique comme tous ceux de sa génération! On ne jette pas ce qui fonctionne bien. Elle avait fini par tolérer un four à gaz, plus pour faire plaisir qu’autre chose, car c’est avec le fourneau à bois qu’elle faisait tout.

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Ah les mouches. Ma nonna avait beau être très croyante et respectueuse de la vie, les mouches…… c’était une autre histoire. Pas de pitié.

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Un miroir avec des empreintes de doigts laissées par un visiteur et hop un coup de torchon pour faire briller.

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Chaque objet avait son histoire. Celui à gauche, pour puiser l’eau dans une grande marmitte, elle l’avait depuis son mariage.

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La bistecchina…. toute une histoire. Un peu de sauge, toujours du beurre (symbole de richesse pour elle) et toujours trop cuite. Mais la bistecchina de la nonna…. tout le monde l’avait goûtée et aimée parce que c’était la sienne.

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La nappe avait une odeur unique. Elle sentait bon, elle sentait l’enfance et elle était toujours belle… belle comme elle.

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En avril 82, ma fille Marie qui n’a jamais connu ma grand-mère, était en train de grandir dans le ventre de sa maman. La nonna allait être bisnonna pour la troisième et dernière fois?

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Non, ce n’est pas l’heure universelle. Elle recevait de temps en temps, de mon père, un réveil. Aucun n’indiquait l’heure exacte. Quant à la montre, elle n’avait jamais voulu la porter.

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J’ai passé trois fois une semaine en sa compagnie. C’était en 1982. L’année de sa mort. Je l’ai photographiée quelques fois, je l’ai enregistrée. Un peu comme un dernier témoignage. Elle est morte le 3 septembre 1982. Quelques jours plus tard, le 22 septembre 1982, je suis devenu papa d’une petite Marie.

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Un regard à la fois tendre et perçant. Un certain regard sur la vie.

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J’aurais aimé la photographier les cheveux défaits. Ils étaient très long, mais elle n’apparaissait jamais sans sa coiffure ‘officielle’.

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Padre Giovanni entouré de coquillages. Elle le regardait souvent. Je crois bien qu’elle lui parlait aussi, mais toujours quand elle était seule. Que lui disait-elle? Derrière la porte? La cuisine.

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La douche? La baignoire? Non la pièce d’eau dans sa plus simple expression.

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Du papier de toilette? Il y en avait toujours assez mais pour l’enfant que j’avais été avant ce reportage, c’était une angoisse. Parfois c’était du papier journal qu’il fallait prendre…. toujours le ‘Gazettino’!

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Il n’y avait pas de chasse d’eau. Il fallait remplir le sceau et se débrouiller comme on pouvait. Elle l’avait fait toute sa vie… et ça avait toujours fonctionné.

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Mon nonno était mort depuis 20 ans. Officiellement, il était mort en raison de la pollution qu’il y avait dans l’usine chimique où il travaillait. En fait, il fumait 3 paquets sans filtre par jour et buvait comme un peu trop. Elle faisait cette chambre tous les jours mais n’y dormait plus. Elle était réservée pour les petits-enfants. Dormir dans cette chambre était impressionnant.

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J’aimais ce bruit des cailloux sous les pieds. Un bruit unique qui me revient aujourd’hui encore en mémoire lorsque je marche sur un même sol. Il me rappelle toujours, où que je sois, la présence de mia nonna. C’était plus qu’un bruit, c’était une sensation physique.

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Avec la bestecchina, il y avait aussi, souvent des petites pates…. toujours trop cuites elles aussi. La cuisine était LA pièce. Tout s’y passait, s’y vivait, s’y racontait.

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La voici la nonna à la cuisine. A droite, devant elle, la machine à laver … ou disons plutôt le sceau en plastique pour laver la vaisselle. Il fallait chauffer l’eau et surtout ne pas mouiller partout… pour ne pas se faire gronder. Mais les enfants ne se faisaient jamais gronder, seulement les grandes personnes.

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Les casseroles. Plus elles étaient vieilles et plus elle y tenait. Les marques sont celles formées par le four à bois.

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Derrière elle, le fourneau à bois qui servait également de chauffage pour la maison.

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Heureusement qu’il brillait toujours ce ‘beau’ miroir.

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Les miettes? C’était aussi pour les oiseaux et, du coup, pour les chats qui attendaient parfois les oiseaux.

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Vicolo man cappello 2, telle était son adresse. De toute façon, à Biadene, il suffisait d’écrire ‘Elsa Biadene’ et le facteur savait que les lettres de l’étranger étaient toutes pour elle. Peut-être qu’il aurait même suffi d’écrire ‘Elsa-Italia’ … qui sait …

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Derrière…. le salon où personne n’allait. Il faisait si bon dans la cuisine. C’était le lieu de la radio. Elle aimait la radio par-dessus tout! Moi aussi, aujourd’hui encore. Probablement la tradition de l’oral, de la parole.

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Les chats? Oui, oh oui, elle les aimait beaucoup … mais à l’italienne… c’est-à-dire toujours dehors!

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Trois forces majeures: à droite mon père (l’aîné de ma nonna), derrière Luciano (le fils de la première fille de la nonna) et le Gazzettino. Luciano a toujours été le cousin que j’admirais. Conçu par ses parents, dans la même maison, le même jour que les miens m’avaient conçu! Nous sommes nés à un jour d’intervalle. Moi le 27 avril comme mon nonno et Luciano le 28.

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A gauche, Luciano, non seulement un bon gosse mais un athlète de pointe. Ici en compagnie de notre oncle Marcello, le cadet des enfants de nonna.

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Mon père en 1982 à 60 ans. Il a quitté à son tour ce monde en 2015. Merci papa pour tout ce que tu m’as enseigné.

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Mon papa au volant, moi derrière (rétroviseur) et Nonna en train de réfléchir…. comme toujours.

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Le repas du soir se préparait tranquillement dès le matin.

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Cette porte avait une clé, mais elle n’a jamais servi. C’était pourtant la porte d’entrée de la maison.

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Le 3 septembre 1982, sur un passage pour piétons, en plein village, un motard l’a fauchée à 100 km/h dans une zone limitée à 30. Lui ne s’est pas arrêté. Mia nonna, elle, oui et pour toujours. Ciao Nonna. Le passage pour changer de trottoir et dans son cas pour passer de vie à trépas.

Où que tu sois allée, sois en paix.

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Un acte très symbolique en présence de toute la famille. Les enfants des enfants des enfants étaient là aussi. Tout le monde avait eu le temps de venir lui dire adieu. Mon père et moi étions venus de Suisse, juste à temps.

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L’homme sur la gauche en chemise blanche était mon oncle Iseo, le père de Luciano et de Renato. Il était vendeur de fruits et légumes. Il parcourait toute la région à bord de sa fourgonnette. Ma nonna l’aimait beaucoup, il avait épousé sa fille aînée.

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Son dernier voyage.

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Après l’enterrement, tout le monde se retrouve dans la maison d’un des enfants. Evidemment dans la cuisine aussi. Tout le monde y découvre ce que Nonna avait laissé comme témoignage et comme testament. Elle avait vécu ‘très modestement’ mais avait quelques rares objets sans valeur marchande que nous tenions à sauver. Des symboles! J’ai eu le droit de recevoir ses lunettes,son regard sur la vie, un vase ébréché et une casserole en aluminium.

Elsa Possagno

Pour terminer sur une image souriante. Ciao Nonna. Nous nous retrouverons quelque part.

Les photos en plus grande résolution sont ici également.

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